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La concertation, quossa donne?

Par Claude Balleux, M. Sc. Consultant - février 2013

Mon associée et moi sommes impliqués dans différentes démarches de concertation depuis plusieurs années. Nous avons accompagné plusieurs organisations dont le mandat, aux dires des  clients, est de « faire de la concertation ». Selon nous, la concertation est un moyen, et non un but à atteindre! Pourquoi alors avoir le mandat de se concerter?

 

À notre avis, la confusion vient du fait que les mandats confiés par différents paliers gouvernementaux à plusieurs OBNL comprennent souvent la « concertation des acteurs ». Cette expression s’est transmise dans le vocabulaire du développement territorial et du management ainsi quedans de nombreuses sphères de l’action citoyenne et communautaire et publique, au point qu’elle fait maintenant partie des meubles. D’ailleurs, si le cœur vous en dit, amusez-vous à parcourir différents textes de lois provinciales et vous pourrez constater comment le mot est omniprésent.

 

Mais, la concertation « quossa donne », comme dirait l’illustre Yvon Deschamps.

 

Il y a pratique de la concertation au Québec depuis très certainement plus d’un demi-siècle. Ce phénomène n’est donc pas nouveau! Ce qui est nouveau, c’est le fait que la concertation est maintenant érigée en système. Ce phénomène coïncide, à mon humble avis, avec l’arrivée dans le vocabulaire de la gestion publique d’expressions comme gouvernance et gestion intégrée, eux-mêmes apparus dans le décor autour des années 80, suite à un délestage progressif des responsabilités des États de plus en plus démunis devant des charges publiques financières en croissance constante et un citoyen de plus en plus instruit, exigeant et au fait des droits qui lui reviennent. Ces deux facteurs ont contribué à faire en sorte que la gestion des affaires publiques est devenue de plus en plus complexe. Des auteurs affirment d’ailleurs que cette complexité aurait incité les États occidentaux à impartir plusieurs de leurs responsabilités vers les milieux locaux, tout en demandant à ces milieux d’agir de façon concertée, pour éviter gaspillage, dédoublement et inefficacité.

 

L’objectif nous semble tout à fait légitime! Toutefois, nous avons toujours conservé à l’esprit dans notre pratique professionnelle que la concertation n’est pas une fin en soi, mais bien un moyen pour atteindre un objectif. D’ailleurs, le Petit Robert parle de « se concerter pour agir ». Nous nous faisons donc un point d’honneur de rappeler aux organisations qui se targuent de « faire de la concertation » qu’elles doivent le faire pour quelque chose, c’est-à-dire en vue d’atteindre un objectif, faute de quoi elles risquent de tomber dans « l’agitation » et le « chronophage ». C’est le propre des organisations où on passe beaucoup de temps à des réunions, rencontres, formations mais qui, au bout du compte, semblent ne jamais donner les résultats espérés. Vous connaissez?

 

Nous portions bravement ce « bâton de pèlerin » distribuant ça et là avertissements et mises en garde, tout en encourageant et soulignant les actes de concertation vraiment significatifs, lorsque récemment, nous sommes tombés sur un groupe arrivé à la croisée des chemins. Un groupe qui n’en pouvait plus de l’agitation et du chronophage. Une « gang » de personnes, par ailleurs dynamiques (on n’est pas de même d’habitude, nous ont-elles dit), devenues totalement conscientes que la concertation qu’ils tentaient bravement de construire ne donnait rien, n’apportait rien, ne contribuait aucunement à agir. Bien que la cause fût noble et importante, il s’avérait que la concertation maintenue à bout de bras et de bonne volonté ne contribuait en rien à l’atteinte de leurs résultats.  

 

À notre grand désarroi, ce groupe a décidé devant nous (et un peu à cause de nous et de nos questions existentielles) de se dissoudre. Avec beaucoup de maturité, les membres ont convenu de mettre fin à leur concertation et à ses activités (qui étaient bien minces, il faut le dire). C’est la première fois que nous étions témoins d’une telle chose. Et bien que nous ayons été touchés par le geste (avons-nous fait les bonnes choses? Avons-nous bien animé les réflexions? Étions-nous bien préparés? Etc.), nous ne pouvons que dire Bravo!

 

Bravo pour le courage de vouloir passer à autre chose, de laisser en plan cette organisation vivotante qui n’apportait que frustration. Bravo de choisir d’investir son temps à des activités plus porteuses. Car il s’agit bien de courage! Et il en faut pour oser dire c’est assez!  

 

C’est bien beau d’avoir le courage de cesser l’inutile. Mais plusieurs travaillent fort à être plus efficaces, à tout faire pour réaliser leur mission. Bravo à ces organisations qui consciemment peuvent dire : Oui, nous sommes utiles, nous apportons du bienfait et répondons aux attentes qui nous sont signifiées par les pouvoirs publics. Et oui, nous sommes en mesure de le démontrer, parce que nous évaluons tout autant nos réalisations, que nos résultats et que les impacts que nous contribuons à générer. 

 

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«Où le pied ne va pas,
le regard peut atteindre, 
où le regard s'arrête,
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- Victor Hugo

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